jueves, 4 de diciembre de 2014

Histoires en français



Traduit par Daniel Nagant


LE VEILLEUR

Le phare du veilleur se dressait au sommet d'une montagne. La montagne était située aux confins du monde. On disait que le veilleur était aussi vieux que la mémoire elle-même ; d'autres affirmaient en revanche qu'il n'était pas de ce monde, bien que personne n'eût jamais eu le courage de le regarder en face.

Le veilleur avait pour mission de garder le phare allumé, afin que tous les voyageurs sachent qu'ils avaient atteint les confins du monde, et qu'au-delà il n'y avait qu'une vallée dont personne ne pouvait revenir.

Après un long et fatigant voyage, le cavalier arriva enfin au bout de la terre, mais en levant les yeux vers le phare, il ne vit que les rochers de ses formidables fondations, car une brume épaisse en cachait le sommet.

Le cavalier demanda en criant : 

— Veilleur ! Es-tu toujours là ? 

— Je suis toujours là et j'y resterai jusqu'à la fin des temps ! répondit le veilleur d'en haut. 

— Ne t'a-t-on pas dit que le monde est fini ? 

— Non. Mais si c'était le cas, j'aurais été le premier à le savoir. 

— Le monde est déjà terminé ! Peut-être que la brume t'a empêché de voir sa fin ! Je suis le seul à avoir réussi à échapper à la terrible hécatombe ! 

— En es-tu sûr ? demanda le veilleur d'une voix d'outre-tombe.

— Ta mission est enfin terminée ; il ne reste plus personne au monde ! 

— Ma mission n'est pas encore terminée, dit le veilleur. En réalité, je n'attendais que toi.

Ce n'est qu'alors que le cavalier put voir le visage sans peau du veilleur et ses longs bras décharnés. À travers la brume brilla l'éclat d'une faux tranchante, et le cavalier tomba sans vie, ainsi que la bête qu'il chevauchait.

—Ma mission est enfin terminée, dit le veilleur ; il ne reste plus personne au monde. 

Et cela dit, il s'évanouit dans la brume. Peu à peu, à l'horizon, le ciel et la terre s'effacèrent.






DRAGONS DE BANLIEUE





Je sais, de sources très dignes de foi, que les dragons sont les animaux les plus tendres de notre vieil univers. Au cours de l'histoire paranoïde du monde narrée par des paranoïaques, les dragons en sont arrivé à représenter des créatures méphistophéliques , des reptiles au souffle brûlant occupés à des travaux aussi inutiles que la garde de damoiselles prisonnières, ou la lutte sans grand succès contre d'aristocratiques chevaliers blindés. Cette affaire, à mon entendement, répond à ce vice récurrent des historiens et des philosophes de canaliser vers quelques-uns le mal répandu dans le monde. Les pauvres dragons en sont la preuve. L’interprétation fautive de ces gravures où l'on est supposé voir des chevaliers combattant des dragons sans défense est l'exemple le plus clair de notre propos. Pourquoi cette affirmation générale de ce que ces chevaliers les attaquent? Personne n'a donc pensé que peut-être ils ne font que jouer avec eux comme avec nos animaux domestiques? Et si, au lieu de les pointer avec leurs lances, ils se disposaient à les jeter au loin, pour que les dragons à leur tour les leur rapportent comme font nos petits chiens?
Que les dragons soient les animaux les plus tendres de notre antique univers, je peux l'affirmer en personne et aussi le cuisinier de cet obscur restaurant chinois de la place de Saint Sébastien. Chaque premier lundi du mois, il se met en chasse de dragons dans les profonds déserts des faubourgs. Avec ses proies, il cuisine une daube infecte que certains mangent avec bonheur, pour la bonne raison qu'elle est faite avec la viande la plus tendre du monde. Et quelle chair y a t'il au monde de plus tendre que celle d'un dragon suburbain, qui est l'animal le plus tendre de notre vieil univers? Si quelqu'un en sort la bouche en feu, ce n'est pas la faute au dragon, sinon aux condiments volcaniques qui l'accompagnent. Certains assurent que ce plat laisse une haleine incendiaire. Je ne crois pas que cela soit vrai, mais il est de mon devoir d'ajouter que je n'ai rien avoir avec le terrible incendie qui a détruit en soirée cet obscur restaurant chinois. Hier, je n’étais pas par là.




ABBADON

C'était une planète récemment découverte. La raison de son nom, Abaddon, fut dès le début un mystère. Le Destructeur, ou l'Exterminateur, voilà ce que signifie Abaddon en hébreu. C'est l'astronome qui l'avait découverte qui lui donna ce nom. Peu de temps après, l'astronome fut retrouvé sans vie dans des circonstances étranges. Certains soutinrent qu'il s'agissait d'un suicide. Mais avant cela, il avait fini par affirmer qu'un esprit malin habitait sur Abaddon.

Des années plus tard, la première capsule exploratoire descendit enfin sur Abaddon. Bill Morgan, seul occupant de la capsule, allait devenir le premier être humain à poser le pied sur cette planète. Un énorme vaisseau-mère, avec sept autres membres d'équipage, attendait là-haut, hors du champ gravitationnel de la planète.

Lorsque Bill Morgan descendit de la capsule, il eut l'impression de se trouver dans un sombre désert rocheux de quelque lieu inconnu de la Terre. Cette impression fut si forte qu'il voulut inconsciemment retirer son casque spatial. Bien entendu, il ne le fit pas.

Bill Morgan s'éloigna de la capsule pour installer un thermomètre ultrasensible. La force gravitationnelle de la planète le plaquait lourdement contre le sol. Mais soudain, il détecta une oscillation sur l'indicateur du thermomètre. Bill Morgan l'attribua à son rythme cardiaque ; il était nerveux ; la tension du moment était inévitable, et peut-être cela influait-il sur sa chaleur corporelle, détectée à son tour par le thermomètre. Quoi qu'il en soit, il s'éloigna un peu plus pour installer un spectromètre et un décodeur de gaz inertes. Une fois les équipements installés, on pourrait enfin savoir si l'extrême aridité d'Abaddon pouvait être inversée par des moyens scientifiques, puisque les premiers colons commenceraient possiblement à arriver dans trente ans.

On avait sélectionné Bill Morgan pour sa grande intelligence et son adresse, bien que son dossier contînt quelques accusations d'abus de pouvoir et de férocité démesurée. Cependant, quelques mois de réorientation intérieure avaient transformé le jeune pilote en une personne stable et sereine, compétente pour accomplir la mission.

Finalement, Bill Morgan se pencha pour recueillir des échantillons de sol. Et alors, quelque chose lui frôla le dos.

Bill Morgan se redressa avec effroi. Le sombre paysage d'Abaddon demeurait immuable, mais il vit scintiller au loin la lumière du thermomètre ultrasensible, comme si un animal à sang chaud (ou très froid) rôdait alentour. Bill Morgan se hâta de retourner à la capsule, mais en entrant, il pressentit qu'il y avait quelqu'un, là, qui l'attendait. Pourtant, il ne vit rien d'étrange. Alors Bill Morgan ferma l'écoutille, normalisa la pression de l'oxygène, stabilisa la température intérieure et retira son casque spatial.

Et alors, il respira une chose.

Ce fut comme si un être volatil pénétrait dans ses poumons et passait de là à son cerveau. Bill Morgan entra dans une sorte d'éon, dans un temps hors du temps, et éprouva un plaisir malsain pour l'obscurité, pour la destruction totale, pour le chaos.

— Qui es-tu ? demanda Bill Morgan en frissonnant. — Tu sais qui je suis, répondit l'être qui battait dans son cerveau. Je suis la mort qui glisse dans les ténèbres ; je suis la guerre qui dévaste en plein midi.

Mais une sorte d'amnésie partielle effaça cet incident de sa mémoire et, après avoir rallumé les moteurs, il entama son retour vers le vaisseau-mère.

Le capitaine et l'équipage du vaisseau lui réservèrent un accueil cordial. Après les toasts et les éloges de rigueur, le capitaine mit en hibernation un tiers de l'équipage, dont le pilote Bill Morgan. Enfin, et sans perdre une minute, le capitaine mit le cap sur la Terre ; ce serait environ sept années de vol.

Le capitaine du vaisseau était un lecteur passionné ; la lecture des classiques occupait ses moments de loisir. À cette occasion, il ouvrit sa Bible virtuelle et trouva un passage au hasard. C'étaient quelques versets de l'Évangile selon Luc :

« Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos ; et n'en trouvant point, il dit : Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti. Et quand il arrive, il la trouve balayée et ornée. Alors il s'en va, et il prend sept autres esprits plus méchants que lui ; ils entrent dans la maison, s'y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. »

Soudain, et sans savoir pourquoi, le capitaine pensa au seul membre d'équipage qui était descendu sur Abaddon, le jeune astronaute Bill Morgan, mais il ne sut pour quel motif il reliait ce passage à lui, ni pourquoi ce jeune homme charismatique le remplissait d'une si profonde inquiétude. Le sarcophage où hibernait Bill Morgan se trouvait à quelques pas de là.

Le capitaine sourit vaguement et referma sa Bible virtuelle. Il ne pouvait pas imaginer, même de loin, quel genre d'être il ramenait sur Terre.






LA GUÊPE DANS LA TOILE D'ARAIGNÉE



L’après-midi où je connus Irina Lopez Aguerre était rempli de présages, de ceux où l'on n'est pas sûr de ce que l’événement qui se présente nous soit déjà arrivé dans le passé en un moment oublié de la vie, et qu'un fait fortuit nous ramène à la mémoire. Lorsque j'appelai à sa porte (je clarifie que je ne connaissais pas encore Irina, ni suspectais qu'elle portait ce nom), me surgit d'un coup une image d'un blanc vieilli, ou mieux d'un blanc jauni, comme celui d'un évier de céramique maculé de teinture d'iode. C’était un souvenir d'enfance, quand j’étais bien petit; j'avais au plus cinq ans. Je me trouvais debout devant une paroi blanche salie de coulées d'un tartre jaunâtre, lorsqu'une voix résonna en l'air. Jamais je n'ai pu me rappeler ce qu'elle disait et je ne pourrais assurer s'il s'agissait de la voix d'un homme ou de celle d'un enfant imitant la voix d'un adulte. Souvent j'ai voulu penser que c’était la voix d'un archange, confirmant l'existence de Dieu. Ce qui est certain, c'est que pour moi le monde s’arrêta en cet instant et le souvenir s'incrusta dans ma mémoire, comme le point de départ d'un cycle d’éternel retour. A un côté de cette paroi, il y avait une toile d’araignée, elle aussi de couleur sépia. Une guêpe qui volait par là tomba dans la toile. L’araignée sortit immédiatement et l'attrapa dans son filet. La guêpe lutta farouchement et lui planta son aiguillon. L’araignée se contracta d'un coup et mourut sur le champ.
La vue de l’araignée morte et de la guêpe attrapée à son côté était troublante et tragique; je suppose que ce fut ma première rencontre avec la froide réalité de la mort.
Seulement maintenant, alors que tant d’années ont passé, je crois connaître la raison pour laquelle me survint cette image l’après-midi où je m’arrêtai sans y penser devant la porte d'Irina. Irina Lopez Aguirre vivait à l'ouest de la ville dans un quartier de classe moyenne; elle était orpheline de mère et son père était parti vivre avec une gourgandine qu'Irina détestait de toute son âme. Le motif de cette haine, c’était que la personne qui avait attrapé son père n'avait même pas attendu que se refroidisse le cadavre de la première femme pour s'emparer de lui. L'affaire aurait été moins anormale entre deux connaissances de longue date, bien sûr.
J'avais sonné. La porte à peine ouverte, elle commença à parler de sa vie, sans que je lui aie rien demandé, et un quart d'heure plus tard nous conversions comme de vieux amis; j'avais même déjà fumé trois de ses cigarettes. Tout ce qui s'est dit jusqu'à présent paraîtrait sorti d'un film de science fiction, ou mieux d'un film surréaliste, mais ce n'était pas le cas, et vraiment pas. Parce que l’après-midi où je rencontrai Irina, j’étais occupé à réaliser une enquête pour le compte d'une entreprise importante, question de si vous avez internet, si vous êtes satisfait du service dont vous disposez, si vous êtes propriétaire de cette maison, ou bien locataire et des choses de ce genre. Il était deux heures de l’après-midi, peut-être trois heures, je n'en suis pas sûr, mais j'avais sonné sans deviner que sortirait une fille en pyjama. Elle était décoiffée mais bien jolie, et il me sembla l'avoir déjà vue auparavant, peut-être croisée dans la rue, bien que je ne sache si ce fut réalité ou bien simple imagination. Je notai de suite la blancheur dorée de sa peau, ses yeux langoureux et sa chevelure lisse d'un châtain que le soleil faisait briller comme de l'or. Que voulez-vous? demanda Irina, et je lui dis alors que je faisais une enquête pour une entreprise importante. Voulez-vous entrer vous asseoir?, proposa t'elle en souriant. J’étais sur le point de lui dire que non, que ce n’était pas nécessaire; mais j'arrivai à me rendre compte que j'allais me comporter comme un idiot, et alors je lui dis que oui, merci bien. Et nous nous sommes donc assis tous les deux; elle alluma une cigarette et se mit à fumer devant moi. Il était clair qu'elle n'avait pas déjeuné, qu'elle venait de se lever, et je me dis que cette fille devait avoir une santé de fer, pour fumer à jeun. Quand je commençai mes questions, elle répondit au fur et à mesure, jusqu'à celle de savoir si la maison était à elle ou simplement louée. Je suis la propriétaire de cette maison, dit Irina; ma mère a travaillé nuit et jour pour me la laisser. De là, la conversation dériva au sujet de son père, et quand je me rendis compte que j'avais déjà fumé trois cigarettes, que je connaissais déjà ses noms et prénoms, ce qu'elle aimait et ce qu'elle n'aimait pas, je pris soudain conscience de ce que j’étais amoureux d'elle. Le moment de me demander: As-tu jamais pensé rencontrer une fille dans telles circonstances? Irina commença à parler de son père, qui était un sujet égoïste, incapable de se préparer un café ni de tirer la chasse de la toilette. Quand ma mère est morte, me dit Irina, tu aurais du le voir: il s'arrachait les cheveux, se lançait par terre en criant, donnait des coups de poings contre le sol; ses amis craignaient qu'il souffre un infarctus; il pleurait comme une Madeleine. Et la semaine d’après il se mettait avec une mégère et partit vivre avec elle. Pour moi cela valait mieux, me disait Irina, parce que ce genre d'homme me fait vomir. J’étais d'accord avec elle et je lui dis que moi, au change, je savais très bien me défendre dans les travaux du ménage et que j’étais plein de courtoisie contrairement à son père, ce qui apparut à Irina comme simplement divin. J’étais disposé à lui conter l’infinité de mes vertus, mais je vis que le moment n’était peut-être pas opportun, car j'avais l'impression de tomber dans un piège mortel. Regarde, bébé, me susurra Irina à l'oreille, cette maison ma mère l'a faite, et je vais te dire la vérité parce que je n'aime pas tourner autour du pot; tu me plais et je sais que je te plais, et rien de plus; j’espère que tu sauras comprendre ce que je prétends te dire. Mais cela, elle me le dit après avoir parlé au moins trois heures, quand nous nous étions à ce point rapprochés que nous nous touchions les genoux. Regarde, bébé, me chanta Irina dans l'oreille, je ne crois pas que c'est par hasard que tu as frappé à ma porte cet après-midi, parce qu'il se fait que je pensais lorsque j'étais couchée: Ah, si j'avais quelqu'un avec qui parler, quelqu'un à aimer, quelqu'un à qui me donner corps et âme! Et voilà que résonne la sonnette et que celui qui appelle c’était toi.
Ce fut un autre déjà vu, mais dans ce cas non plus je ne savais si je l'avais déjà vécu ou si c’était une simple pensée. Quelque chose me disait: Attention, sois sage, un peu moins vite!, mais une autre voix tout au fond de moi m'encourageait à ne pas craindre et d'aller de l'avant. Ce qui est établi, c'est que deux semaines plus tard j’étais marié avec Irina. Elle ne me permettait de me lever ni pour faire le café; elle me l'apportait au lit; par après elle se chercha un travail et se levait tôt; quant à moi, comme je n'avais pas trouvé d'embauche, je restais à la maison , lavant, cuisinant et repassant; mais comme cela finissait par m'ennuyer, Irina décida de faire tout, toute seule, pour me donner le temps de sortir avec mes amis.
Irina abusait de la cigarette; le travail et les tâches domestiques l’épuisaient; elle maigrissait et un jour elle ne put se lever. Je l'emmenai à l’hôpital, où l'on me dit qu'en plus de l’épuisement, elle souffrait d'une maladie mortelle et qu'il n’était pas possible de la sauver.
Irina s’éteignait et mourut un après-midi de mars, quand le soleil entrant dans la chambre peignait d'un ton iodé les blanches dalles du sol. Je ne pus éviter le souvenir de l’araignée noire recevant la piqûre mortelle et le léger tremblement qui s'ensuivit avant l’immobilité des pattes mortes et contractées. Et je ne peux oublier non plus la guêpe dans la toile d’araignée. Je suis convaincu qu'Irina et moi, nous étions prédestinés, nous étions nés l'un pour l'autre.
Aujourd'hui je suis seul dans la maison d'Irina. Le passage des jours m'a figé et je n'ai plus ni la volonté de sortir en rue. Irina faisait tout pour moi et je me sens perdu sans elle. Chaque jour mon espace se réduit. Après la mort d'Irina, je sortais le soir me promener, mais peu à peu me vint la crainte de tourner même le coin de la rue. Au prix d'efforts héroïques, j'arrivais à m’éloigner de quelques blocs, mais à présent je n'ai pas le courage de passer la porte de la maison. J'ai peur d'affronter le monde, peur de regarder la vie en face; cela dépasse mes forces; un problème psychologique, me dis-je.
J'ai vécu ces derniers jours entre la salle de bain et le salon, sans rien faire d'autre que regarder la télévision. Mais mon espace s'est réduit dans la maison même et aujourd'hui se limite à la chambre que je partageais avec elle; je ne veux en sortir ni pour aller au salon. Et pour finir, je ne peux rassembler le courage de quitter un instant le lit; j'ai peur de mettre les pieds au sol. Je ne sais pourquoi cette assurance que finalement c'est ici qu'ils trouveront mon cadavre, ici dans mon lit, qui est le lit d'Irina.





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